En février 2027, nos paroisses d’Alsace et de Moselle vont élire leurs nouveaux conseils presbytéraux pour la période allant de 2027-2033. Un mot cependant revient souvent pour en parler : « mandat ». Dans la tradition protestante, aussi bien en France de l’intérieur qu’ici au sein de notre Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), ce mot est trompeur. Car être conseiller presbytéral n’est pas un mandat politique, c’est un ministère.
Un ministère, cela veut dire un service. Autrement dit, on n’est pas élu pour représenter une opinion ou défendre un programme, mais pour servir la communauté, aux côtés des autres membres du conseil. C’est d’ailleurs ce que rappelle la doctrine protestante du « sacerdoce universel » : par son baptême, chaque chrétien porte une responsabilité et une mission envers les autres. Cette responsabilité n’est réservée ni aux pasteurs, ni à quelques spécialistes : elle est « l’affaire de toute l’Église ».
Trois malentendus néanmoins méritent d’être levés à ce sujet. Le premier est l’individualisme : le sacerdoce universel ne dispense personne de la vie communautaire. Au contraire, il implique l’écoute réciproque, car seule la diversité des points de vue permet de garder l’Église des prétentions individuelles et individualistes. Le deuxième est la démocratie : si l’affinité entre protestantisme et démocratie n’est pas sans fondement (synodalité de nos institutions, place des assemblées, recours au vote, proportion de laïcs dans les conseils), le sacerdoce universel ne fonde pas pour autant un droit individuel à s’ériger en juge des décisions prises par les conseils et synodes. En effet, chacun est prêtre pour lui-même devant Dieu, mais personne n’est, à titre individuel, juge suprême des décisions de l’Église. C’est le collectif, écouté et respecté qui discerne, pas l’individu isolé. Le troisième malentendu est l’uniformité : que tous les baptisés soient égaux en dignité devant Dieu ne signifie pas que les ministères se confondent. Les conseillers presbytéraux exercent un ministère reconnu, distinct du sacerdoce universel de chaque croyant.
Nos deux Églises constitutives ont, de surcroît, une particularité qui les distingue du reste du protestantisme français : héritières du droit local d’Alsace-Moselle, elles ne fonctionnent pas comme de simples associations cultuelles régies par la loi de 1905, mais comme des institutions de droit public, organisées par le décret du 26 mars 1852. La paroisse y est une circonscription administrée, sous l’autorité du consistoire, par le conseil presbytéral. Un cadre différent, mais un même esprit : « il n’y a pas de hiérarchie ayant un caractère sacré, mais des fonctions électives, des délégations, des mandats limités dans le temps ».
Voilà pourquoi, à l’approche de ces élections, il ne s’agit pas de se demander « qui a envie de prendre le pouvoir ? », mais plutôt « qui, dans notre communauté, pourrait être appelé à ce service ? ». Une question bien différente et bien plus proche de l’esprit dans lequel nos Églises, et notre consistoire de Metz en particulier, vous invitent à penser cette élection.
Dans les prochaines semaines, notre série d’articles reviendra en détail sur les règles très concrètes qui encadrent cette élection (qui peut voter, qui peut être élu, comment se déroule le scrutin), sur les missions précises confiées au conseil, et sur ce que vivent, très concrètement, celles et ceux qui y siègent déjà. De quoi aborder cette période importante de la vie paroissiale avec les bonnes clés de lecture, loin des réflexes qu’on peut avoir face à n’importe quelle autre élection.
Marc 10, 42-45
« Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent […] Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur […] Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir. »

