La foi, un chemin faisant

8 mars, 2026

Book: Luc

La foi, un chemin faisant
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Luc 9:57-62

Extrait : Pendant qu’ils étaient en chemin, quelqu’un lui dit : Je te suivrai partout où tu iras.

Ce troisième dimanche est donc celui du regard. Non pas d’abord du nôtre, mais celui de Dieu. Un regard qui précède et qui accompagne, qui soutient et qui fortifie notre marche tout au long de ce chemin de Carême. Et Carême devient ainsi ce temps où nous apprenons à marcher en sachant que nous sommes regardés, non pour être jugés, mais pour être appelés à la Vie.

Frères et sœurs,

en ce troisième dimanche de Carême, dimanche Oculi (les yeux en latin), c’est une fois de plus Dieu qui nous précède dans notre marche vers la passion et la découverte de nos tombeaux vides. En effet, le psalmiste nous exhorte et nous dit : « Les yeux du Seigneur sont tournés vers les justes, et ses oreilles sont attentives à leur cri. »

Ce troisième dimanche est donc celui du regard. Non pas d’abord du nôtre, mais celui de Dieu. Un regard qui précède et qui accompagne, qui soutient et qui fortifie notre marche tout au long de ce chemin de Carême. Et Carême devient ainsi ce temps où nous apprenons à marcher en sachant que nous sommes regardés, non pour être jugés, mais pour être appelés à la Vie. C’est d’ailleurs l’enjeu du texte biblique qui nous est proposé à la prédication aujourd’hui : Luc 9:57-62

En effet, chez l’évangéliste Luc, cette marche prend une forme très concrète. À partir du moment où Jésus prend résolument la route de Jérusalem, tout l’Évangile se déploie comme un long cheminement, comme une marche. Chaque rencontre, chaque parole, chaque appel se comprend à la lumière de cette route, de cette marche vers Jérusalem. Et Jérusalem chez Luc n’est pas seulement un lieu sur la carte du monde; elle est l’horizon où se révèlent la vérité de Dieu et celle de l’homme, là où se croisent la mort et la vie, la croix et la résurrection.

Le passage de ce jour nous place précisément au seuil d’un départ, celui de deux hommes.

Deux hommes qui expriment le désir de suivre Jésus, deux hommes qui, en réalité, habitent chacune de nos identités. Deux hommes en tension entre la sincérité de leur démarche et la réalité de leur vie ; « Je te suivrai », disent-ils à Jésus. 

Et voilà que Jésus répond par des paroles abruptes, presque choquantes. Non pour repousser, mais pour dévoiler ce qui, en nous, alourdit la marche, dévoiler les pesanteurs dont il faut se libérer pour faire véritablement chemin avec Jésus.

La première parole de Jésus concerne notre rapport à l’espace. Il évoque les renards qui ont des tanières et les oiseaux du ciel qui ont des nids, avant d’affirmer que le Fils de l’homme n’a même pas un endroit où reposer la tête. Condamne-t-il le fait d’avoir un toit ? Je ne le pense pas !

Cependant, il touche à quelque chose de plus profond, de bien plus que le fait d’avoir un lieu où crécher, comme le disent les jeunes. Il touche à notre besoin de sécurité et de maîtrise, cette ultime nécessité de posséder. Car voyez-vous, ce qui nous rassure le plus souvent, c’est d’avoir un lieu à nous, un espace délimité, un lieu à contrôler et à protéger.

Or Jésus ouvre une autre manière d’habiter le monde. Il refuse de faire de l’espace une propriété privée. Ainsi, suivre Jésus sur la route de Jérusalem, c’est accepter de ne pas enfermer Dieu dans un territoire ni de réduire la vie à ce que nous possédons. C’est avant tout, entrer dans une forme de nomadisme intérieur, où l’on avance en confiance, sous le regard de Dieu. C’est d’ailleurs cela le sens de la foi « marcher en confiance sous le regard de Dieu ».

La seconde parole touche à la pesanteur liée au temps. « Permets-moi d’abord d’aller enterrer mon père ». Cette demande est légitime et de surcroit humaine. Et voilà que Jésus la déplace avec une radicalité dérangeante. Il ne nie pas les responsabilités, mais il remet en cause notre manière de hiérarchiser le temps.

Car voyez-vous, frères et sœurs, nos vies sont de plus en plus rythmées par les horaires, les priorités, les urgences, les « d’abord » et les « ensuite », les « quand j’aurai le temps » et les « tout de suite ou jamais ».

Et l’évangile de ce matin nous affirme que l’annonce du règne de Dieu ne se laisse pas enfermer dans cette logique du temps. « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t’en annoncer le règne de Dieu », dit Jésus. Non pas plus tard, non pas quand tout sera réglé, mais maintenant, sur la route. En ce troisième dimanche de Carême, nous sommes toutes et tous invités à répondre à cette exigeante question : qu’est-ce qui, dans notre gestion du temps, retarde sans cesse notre réponse ? Qu’est-ce que nous repoussons, parfois avec de très bonnes raisons, mais qui finit par étouffer notre vocation ?

Pour ce deuxième homme, c’est la gestion du décès du Père : « Enterrer mon père ». Le père représente bien plus qu’un lien affectif. Il incarne la loi, l’héritage, la tradition, la structuration de l’identité. Les sciences humaines l’ont montré et c’est aussi ce que nous découvrons en lisant certains récits vétérotestamentaires (vocation d’Abraham, récit de Jacob, etc.): pour devenir pleinement sujet, il faut un jour se libérer de la toute-puissance du père, non par rejet, mais par déplacement. Et la parole de Jésus invite justement à cette rupture symbolique, elle invite à cesser d’être défini uniquement par ce qui nous a précédés.

C’est pourquoi, suivre le Christ, c’est aussi accepter que l’autorité ultime ne soit plus celle de l’héritage, des attentes familiales ou des traditions figées, mais celle de l’appel vivant et unique de Dieu. Non pas pour abolir la mémoire, puisque notre Dieu est aussi un Dieu de mémoire, mais pour refuser qu’elle devienne une prison.

« Laisse les morts enterrer leurs morts. » Puis, il ajoute : « Toi, va … ». Radicale parole de Jésus qui ne prétend pas nier ni la douleur du deuil ni l’importance des liens, mais qui affirme que la mort des autres ne peut devenir le principe organisateur de notre vie. Chacun est responsable de sa propre traversée, et nul ne peut vivre à la place d’un autre.

Il y a des fidélités qui paralysent, des passés qui figent, des deuils non traversés qui empêchent d’avancer et il y a Jésus qui tranche, non par dureté, mais par amour de la Vie. « Toi, va annoncer le règne de Dieu ». C’est l’appel adressé à celui qui est vivant, à celui qui peut encore se lever et marcher.

Et le psalmiste nous le rappelle : « Les yeux du Seigneur sont tournés vers les justes, et ses oreilles sont attentives à leur cri ». Psaume34:16

Pour ce temps de carême, re-devenons des nomades, des pèlerins de foi, marchons vers Jérusalem, vers cette liberté nouvelle, sous le regard de Celui qui voit le cœur.

Marchons sur la route de Jérusalem, non pas seul, mais sous un regard qui soutient et une écoute qui relève.

En ce dimanche Oculi, le Christ nous rappelle que la foi chrétienne est un chemin, un chemin faisant. Elle n’est pas une immobilité rassurante, heureux de nos acquis et de notre maitrise spatio-temporelle, mais une mise en route confiante. La foi chrétienne, c’est croire que Dieu nous regarde déjà, et oser fixer le regard sur Celui qui marche devant nous, pour entendre, aujourd’hui encore, cette parole exigeante et toujours d’actualité : « Suis-moi ».

Que Dieu nous soit en aide !

Amen !

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