Dans la vigne du Seigneur

26 avril, 2026

Book: Jean

Dans la vigne du Seigneur
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Jean 15:1-8

Extrait : C’est moi qui suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il l’enlève; et tout sarment qui porte du fruit, il le taille afin qu’il porte encore plus de fruit.

1. Introduction : un langage pas si familier

Chers frères et sœurs,

Ici à Amnéville, en Moselle — et même plus largement dans notre région, comparée à l’Alsace toute proche ou à d’autres terres viticoles — on ne peut pas dire que le langage de la vigne nous soit particulièrement familier.

Certes, nous connaissons bien le fruit de la vigne, le vin, que nous apprécions dans nos moments de fête — avec modération, bien sûr.

Mais pour les auditeurs de Jésus, la vigne est une image évidente, quotidienne, parlante.

Dans la Bible, la vigne est omniprésente : 90 fois dans l’Ancien Testament, une trentaine de fois dans le Nouveau. Elle représente souvent le peuple de Dieu : tantôt soigné avec amour, tantôt abandonné lorsqu’il se détourne.

Jésus lui-même a déjà utilisé cette image :

• dans la parabole des vignerons infidèles, dans les évangiles de Marc, Matthieu et Luc : parabole très dure envers les vignerons (ici se sont les prêtres et notables d’Israël).

• Il y a aussi la parabole des ouvriers de la onzième heure, dans l’évangile selon Matthieu. Elle illustre la générosité de Dieu et l’égalité dans le Royaume de Dieu, où les derniers peuvent recevoir autant que les premiers.

Mais dans notre texte aujourd’hui, quelque chose change radicalement :

Le cep n’est plus le peuple. Le cep, c’est Jésus lui-même.

2. Un texte moins simple qu’il n’y paraît

À première vue, l’image semble simple :

• Dieu est le vigneron

• Jésus est le cep

• et nous, les sarments

Mais très vite, les questions surgissent :

Pourquoi Jésus dit-il « le vrai cep » ? Existe-t-il donc un faux ? Avons-nous vraiment envie d’être… des sarments ? Et surtout : comment porter du fruit ?

3. « Je suis le vrai cep » : une question d’identité

Quand Jésus dit : « Je suis le vrai cep », il ne donne pas une définition technique.

Il rejoint une série de paroles :« Je suis la porte » « Je suis le bon berger » « Je suis le chemin, la vérité et la vie » « Je suis la résurrection et la vie » Ces paroles ne ferment pas le sens, elles l’ouvrent. Elles font écho à la parole de Dieu à Moïse : « Je serai qui je serai » (Exode 3,14) Dieu ne se laisse pas enfermer dans une définition. Il est en devenir, en relation, en promesse. On pourrait dire que Jésus est comme un compositeur, pourquoi pas Bach, qui fait des variations sur ce thème du « Je suis ».

Alors, que signifie « le vrai cep » ?

Peut-être ceci : Nous pensons souvent que la réalité, c’est ce que nous possédons, ce que nous faisons, ce que nous voyons. Mais tout cela est fragile, passager, provisoire. Si Jésus est le « vrai cep », c’est que la vraie vie n’est pas dans l’avoir, mais dans l’être.

Notre véritable identité n’est pas dans ce que nous accumulons, mais dans notre relation à Dieu. En Christ, nous sommes reliés à l’éternel.

4. Les sarments : une image qui dérange

Mais alors… sommes-nous prêts à être des sarments ?

Soyons honnêtes : ce n’est pas une image très valorisante.

Un sarment : ne décide pas, ne se déplace pas, et dépend totalement du cep.

Nous, protestants, nous aimons : la liberté, l’autonomie, et la responsabilité.

On préférerait être : un chevalier courageux, un serviteur engagé, et ou au pire… un ouvrier de la onzième heure. Mais un sarment ? Attaché ? Dépendant ? Taillé ? Voire brûlé ?

Non merci…

Et pourtant… Cette image parle de lien.

Or, il existe deux types de liens : des liens qui enferment et des liens qui font vivre. Nous parlons bien des liens du mariage. Des liens familiaux. Des racines qui nous construisent.

Le lien au Christ est de cette seconde nature : il nourrit, il fait grandir, et il rend libre. Oui, lié et libre, c’est possible si ce lien est vécu dans l’amour et renouvelé chaque jour.

5. Une parole difficile… mais libératrice

Jésus dit : « Celui qui ne demeure pas en moi est jeté dehors… »

Parole très dure. Et dangereuse… si on la détourne.

Car elle pourrait servir à juger : « lui est dedans » « lui est dehors »

Mais souvenons-nous : « Ne jugez pas » (Matthieu 7,1)

Et surtout : Qui taille les sarments ?

Le vigneron c’est Dieu. Pas nous. Nous ne sommes que des sarments.

Il ne nous appartient pas de juger les autres, mais de vivre ensemble, dans la même vigne.

Car : Il n’y a pas de vigne avec un seul sarment. Être chrétien seul, c’est impossible.

L’Église, l’ecclesia, c’est l’assemblée. Même imparfaite. Même parfois difficile.

Mais elle est une grâce.

6. Porter du fruit : notre vocation

Jésus dit : « Si vous portez beaucoup de fruit… »

Voilà notre mission. Quel que soit notre âge, notre condition, nos forces : nous pouvons toujours donner. Mais le sarment ne produit rien par lui-même. Il ne porte du fruit que s’il reste attaché au cep. Et cela nous rappelle quelque chose d’essentiel : Dieu agit dans le monde par nous.

C’est une responsabilité immense. Mais ce que nous donnons…nous ne le contrôlons pas.

Notre fruit deviendra-t-il : vin de fête ? vin de garde ? simple jus ? Nous ne savons pas.

Et cela ne nous appartient pas. Le don véritable est gratuit.

7. Conclusion

Dans un monde souvent blessé, inquiet, divisé, Christ demeure notre espérance. Il est le cep. Nous sommes les sarments, reliés à lui nous recevons sa sève c’est à dire que nous recevons la vie, sa vie, et nous pouvons la transmettre.

9. Prière

Seigneur,

Donne-nous de demeurer en toi, comme le sarment attaché au cep.

Apprends-nous à porter du fruit, sans orgueil et sans peur.

Et fais de nous des témoins de ton amour, dans ce monde que tu aimes.

Amen.

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