La Sainte Trinité
La Sainte Trinité

Nombres 6:22-27
Extrait : L’Eternel dit à Moïse : Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur : Voici en quels termes vous bénirez les Israélites. Vous leur direz :
Le peuple hébreu est dans le désert.
Il a fui l’Egypte, devenue trop insupportable pour lui. Dieu leur a indiqué le bon moment, et le bon chemin.
Là, dans le désert, où il tourne un peu en rond, ce peuple, la vie doit s’organiser.
Un peuple ne peut pas vivre sans un minimum d’ordre. Et comme il y a toujours des gens sans âme et sans amour, il faut édicter, il faut « donner » un certain nombre de règles et de lois.
La vie de ce peuple d’Israël, à ce moment-là et là dans le désert, s’organise aussi et avant tout autour de la religion.
Et tout peuple, toute nation, se doit d’intégrer dans son organisation la question de la religion. Même si un état se dit « laïc », il faut qu’il dise comment peuvent se passer les choses, et comment elles peuvent ne pas se passer, ne doivent pas se passer.
Moïse, là, dans le désert, avec ses Conseillers, organise donc tout cela. Et c’est ainsi que nous lisons, dans les pages avant et les pages après ce que je viens de lire, c’est ainsi que nous lisons l’organisation de toutes sortes de choses très pratiques, sur tous les plans de la vie. Aussi bien matérielles que religieuses.
Et là, au milieu de tout ça, il nous est dit que Dieu demande qu’on bénisse les Israélites. Dieu dit comment, avec quelles paroles, doivent être bénis les Israélites. Et cette formule est « trinitaire ». Ou plutôt, elle est composée de 3 phrases.
Elle n’est pas « trinitaire » dans le sens qu’elle ferait référence au Père, au Fils et au Saint Esprit, les 3 personnes de la Trinité, les 3 visages d’un seul et même Dieu.
Bénir, donc, avec une formule composée de 3 phrases.
Voilà comment Dieu lui-même, alors, bénira les Israélites. Cela se fera au moment même, cela aura lieu, au moment même où seront prononcées ces paroles.
Alors…
Cela peut nous paraître de l’histoire ancienne, très ancienne. Et on peut même se dire que cela ne nous concerne pas…
Sauf que, encore une fois, et là, en ces quelques lignes, en ces quelques phrases, nous est donné – véritablement révélé – un secret. Un trésor. A qui sait l’entendre. A qui sait le recevoir.
Il y a une phrase qui a particulièrement retenu mon attention.
Quand il est dit : « Quand les prêtres prononceront ainsi mon nom pour bénir les Israélites, je leur donnerai moi-même ma bénédiction. » (v. 27)
« Quand les prêtres… »
C’est-à-dire : « à l’instant même… » « Au moment où… »
A cet instant où est prononcée une bénédiction, c’est Dieu lui-même qui « entre en action » et qui bénit ces gens.
C’est un peu comme une clé que l’on tourne, et le moteur se met en marche…
Extraordinaire, n’est-ce pas ?
Mais cela nous invite aussi à être vigilants.
A être attentifs.
Parce que cela rappelle que Dieu se lie à nos paroles. S’attache à nos paroles.
Il y a dans nos paroles une puissance que Dieu lui-même y met.
C’est ce qui fera dire à l’apôtre Paul : « Bénissez, ne maudissez pas » (Rom. 12/14) et il dira même très précisément : « Bénissez même ceux qui vous font du mal, bénissez et ne maudissez pas ». Jésus lui-même (Matthieu 7/2) a dit : « On vous jugera du jugement dont vous jugez, l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez »…
Alors, que vient faire la Trinité là-dedans ?!?
Que vient faire là-dedans le fait que Dieu soit Père, Fils et Saint Esprit ?!?
Comme le rappelle par exemple le pasteur Alain-Georges MARTIN : « Dieu est celui qui dit Je et qui dit Tu. C’est le mystère de la Trinité. Le Père qui dit Tu à
Jésus, comme nous le montre si bien l’évangile de Jean.
Et je découvre que je peux dire Tu à Dieu. Je n’ai plus besoin d’en parler en disant Il… »
Et plus loin : « La Trinité est l’aventure du Père, du Fils et du Saint Esprit. C’est l’histoire toujours imprévisible de leur relation et de leur amour. » – Fin de citation.
Car oui… Si Dieu est amour, et que nous voulons vivre en relation avec lui, c’est à une relation d’amour, donc, que nous sommes conviés. A laquelle nous sommes invités. A laisser son amour nous irradier, nous toucher, à accueillir son amour, et à rayonner cet amour autour de nous. Rayonner cet amour dans ce monde.
Et les paroles qui vont avec une telle démarche, avec une telle « dynamique », sont des paroles de bénédiction.
Des paroles de bénédiction sont des paroles particulières.
Bénir, prononcer une bénédiction, c’est plus que dire une parole gentille, ou sympathique. Ou dire à quelqu’un qu’il est bien ou bon.
Tout ça n’est que du jugement moral…
Bénir, une bénédiction, c’est placer quelqu’un sous le regard de Dieu, dans la présence de Dieu. Sans aucune autre pensée, et en laissant de côté toute forme de jugement – …Toutes ces choses qui nous viennent si vite en tête…
Bénir, dire une bénédiction, c’est, d’une certaine manière, dire : « Toi, je te place dans la présence de Dieu, dans la lumière de Dieu », « Toi, je te vois avec les yeux de Dieu, je veux te voir comme Dieu te voit » – Dieu qui, souvenons-nous, est l’auteur, le créateur de la Vie. C’est donc le placer, placer l’autre, « dans le courant de la Vie de Dieu ». Dans le courant épanouissant et bienfaisant de la Vie de Dieu.
La conséquence de cela pour celui ou celle qui prononce une telle parole – s’il le fait un tant soit peu sérieusement – la conséquence est alors qu’il ou elle, celui qui fait cela, qui prononce une bénédiction, est comme « obligé » de voir en l’autre quelqu’un de précieux.
Et pas, par exemple, comme le dernier des moins que rien.
Ou encore comme un outil dont on peut simplement se servir pour atteindre tel ou tel but, tel ou tel objectif.
Comme mari et femme – qui d’ailleurs sont bénis au moment du mariage – si l’on se met avec quelqu’un juste pour le traiter comme un moins que rien, ou juste parce qu’il ou elle doit me servir à atteindre tel ou tel but, tel ou tel objectif, cela promet des lendemains houleux, très difficiles, et des disputes sans arrêt.
Réfléchir sur la Trinité ne nous mènera pas très loin. Cela risque de ne rester qu’un casse-tête pour notre intelligence.
Par contre, ce que nous pouvons, si nous le voulons – car personne n’y est obligé, c’est une invitation, c’est tout – si nous le voulons nous pouvons « entrer » dans la dynamique de la Trinité, dans « l’ambiance » qui est celle de la Trinité, qui est de poser et de maintenir des relations empreinte d’amour et portées par des paroles de bénédictions.
C’est certainement cela, que Jésus appelle, en présence de Nicodème, « naître d’eau et d’Esprit », ou encore « naître d’en-haut ».
Amen.

