Relevé pour le salut

1 mars, 2026

Book: Romains

Relevé pour le salut
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Romains 5:1-8 ; Jean 3:14-21

Extrait : Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est de cette façon que celui que je considère être le fondateur du christianisme commence le chapitre 5 de sa lettre aux Romains. Et dans ce chapitre 5, il fait presque la synthèse de sa théologie. Il dit tout dès le premier verset. On peut donc supprimer la suite car tout est déjà là, dans le verset premier.

Frères et sœurs,

C’est de cette façon que celui que je considère être le fondateur du christianisme commence le chapitre 5 de sa lettre aux Romains. Et dans ce chapitre 5, il fait presque la synthèse de sa théologie. Il dit tout dès le premier verset. On peut donc supprimer la suite car tout est déjà là, dans le verset premier.

L’apôtre Paul, voyez-vous frères et sœurs, ne fait pas une exhortation ; il ne nous dit même pas un idéal à atteindre ; mais il nous donne un indicatif de grâce. Il nous dit : « Nous sommes, vous et moi, justifiés ». Et cette justification nous donne la paix.

Ce qui l’évoque ici peut aussi être appelé, en langage théologique, « le relèvement » ; d’ailleurs, le thème de ce dimanche est bien « relevé pour le salut ». Et ce relèvement dont parle l’apôtre n’est pas d’abord un effort de l’homme qui se redresse, un effort pour l’homme d’être digne devant Dieu. Non, ce relèvement est l’acte souverain de Dieu qui relève le pécheur pour son salut. Dieu décide que vous et moi, nous sommes sauvés.

Et l’apôtre Paul, qui écrit à une communauté traversée par les tensions et les fragilités, en sachant que l’église de Rome est caractérisée par le pagano-christianisme, des personnes issues du monde gréco-romain, étrangères à la tradition juive, des personnes qui doivent conjuguer leur culture païenne avec la réalité chrétienne, qui doivent aussi faire constamment œuvre d’inculturation. Paul sait que pour ceux-ci, il leur semblait important de poser les actes, de faire les œuvres pour être agréables à Dieu, puisqu’il en était ainsi dans les cultes à mystères.

A eux, Paul ne promet ni la nécessité de faire les œuvres, encore moins une existence sans heurts. Il leur annonce en revanche un changement de condition devant Dieu. Il leur dit : « vous êtes justifiés ». Être justifié, voyez-vous, ce n’est pas devenir moralement irréprochable ; c’est être déclaré juste en vertu de l’œuvre du Christ. C’est être replacé debout, là où le péché nous avait inclinés vers la poussière. C’est bien cela même le sens du relèvement. Le relèvement chrétien est un événement théologique avant d’être une expérience psychologique. Il se produit dans la sphère de la relation avec Dieu avant de se manifester dans le concret de nos vies. Avant d’être un effort religieux, il est une déclaration de foi que Dieu ose poser, une parole de bénédiction que Dieu ose dire vis-à-vis de l’être humain.

« Nous avons la paix avec Dieu. » Cette paix n’est pas un sentiment variable. Elle est la conséquence d’un acte accompli « par notre Seigneur Jésus-Christ ». Et c’est bien là que se situe la différence radicale entre le christianisme et les autres religions. Sans Jésus, la chrétienté n’est qu’un château de sable. Sans sa médiation, tout ce que nous pouvons croire, espérer, dire et chanter n’est rien, puisque Jésus vient donner sens non pas seulement à nos croyances mais aussi et surtout à notre relation à Dieu. Et le salut qu’il nous propose ne naît pas de notre capacité à nous convertir parfaitement, mais de la fidélité du Christ. Le salut ne vient pas de nous, son acte premier ne vient pas de nous, mais de Dieu. Là réside le cœur de la grâce : Dieu ne nous relève pas parce que nous aurions commencé à nous redresser ; il nous redresse alors même que nous étions incapables de le faire. Il nous redresse comme un acte de grâce, un don, non un salaire.

Voilà pourquoi l’apôtre Paul poursuit : « Par lui, nous avons accès, par la foi, à cette grâce dans laquelle nous demeurons fermes. » Le mot d’accès évoque une entrée dans un espace nouveau : quand Dieu nous relève par le Christ, il ne nous pardonne pas simplement ponctuellement, mais il nous introduit dans sa demeure, une demeure de confiance et de paix, malgré le bouleversement de notre monde ; une demeure d’espérance, de force et de justice, malgré l’injustice et la violence qui caractérisent nos sociétés. Et Dieu le fait non pas par nos efforts mais par sa grâce. Rien n’est acquis par l’effort, surtout en ce temps de carême ! Carême, c’est la capacité d’ouvrir les mains et d’accueillir la grâce comme un don.

Comprenez donc que le relèvement n’est pas seulement un pardon ponctuel ; il est une introduction dans une demeure. Nous sommes établis dans la grâce. Nous ne faisons pas que la visiter ; nous y tenons ferme. Le salut n’est pas fragile parce qu’il dépendrait de notre constance ; il est solide et ferme parce qu’il repose sur la constance de Dieu. L’épitre aux Hébreux dit d’ailleurs : « Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement ». (Hébreux 13:8)

C’est pourquoi l’apôtre ose cette affirmation paradoxale : « Nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans les détresses. » Comment comprendre cela ? Parce que le relèvement par grâce ne supprime pas la tribulation. Il lui donne un sens. Puis il ajoute, la détresse produit la persévérance, la persévérance une fidélité éprouvée, et cette fidélité engendre l’espérance. Autrement dit, la grâce initiale engendre un processus de transformation. Le relèvement reçu devient un relèvement vécu. Un processus de transformation, voilà bien le sens de la métanoïa, de la conversion.

En disant « nous mettons notre fierté dans les détresses. », il ne s’agit pas pour Paul d’une glorification naïve de la souffrance car il ne célèbre pas la douleur en elle-même. Mais il affirme que, dans la condition nouvelle inaugurée par la justification, même l’épreuve ne peut plus nous séparer de l’œuvre de Dieu. Ce qui aurait pu nous écraser devient, par la puissance de Dieu par l’Esprit, un lieu de maturation.

Chers amis, frères et sœurs, le relèvement n’est pas seulement un acte passé ; il est une dynamique qui traverse notre histoire.

« L’espérance ne déçoit pas, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » Voici la source du relèvement : L’amour de Dieu. Cet amour ne reste pas extérieur ; il est répandu, versé, communiqué.

Par cet amour, le salut n’est pas seulement un statut ou un acte juridique ; il est une participation à la vie même de Dieu. L’Esprit atteste intérieurement ce que la justification a objectivement établi. Ainsi, le croyant vit d’une certitude qui ne repose ni sur ses performances ni sur ses émotions, mais sur la fidélité de Dieu à sa promesse.

Le théologien suisse Karl Barth a écrit, je cite : « La grâce est le oui inconditionnel de Dieu à l’homme en Jésus-Christ. » Ce oui précède tout mérite. Il fonde toute espérance. Il est le relèvement même. Si Dieu dit oui à l’homme en Christ, alors aucune détresse, aucune épreuve ou chute, aucune faiblesse n’a le dernier mot. Le salut est cet acte par lequel Dieu nous arrache à la condamnation pour nous établir dans la communion.

Ainsi, lorsque nous entendons que nous sommes justifiés par la foi, nous ne devons pas y voir une formule abstraite. Nous devons y reconnaître l’acte par lequel Dieu nous remet debout. Lorsque nous confessons que nous avons la paix avec Dieu, nous proclamons que la relation brisée est restaurée. Lorsque nous traversons la tribulation, nous savons qu’elle ne détruit pas l’espérance, parce que celle-ci est enracinée dans l’amour répandu par l’Esprit.

Et si nous cherchons le fondement ultime de cette grâce, nous le trouvons dans cette parole que l’Évangile place au cœur de la révélation et que nous connaissons probablement par cœur : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Voilà la source du relèvement. Voilà l’acte de grâce par excellence. Dieu a donné. Dieu a aimé. Dieu a relevé pour le salut.

Et dans ce don, notre espérance trouve son ancrage indestructible.

Que Dieu nous soit en aide,

Amen !

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